Il y a quelques jours, je vous présentais Temporary.cc, ce site internet qui s'auto-détruisait à chaque fois que quelqu'un le visitait, et au travers duquel Zach Gage pointait du doigt les problématiques de rémanence des données sur internet.
Il s'agit là d'un bon exemple de la manière dont les artistes et les chercheurs peuvent s'emparer de nouveaux moyens d'expression pour nous amener à de nouvelles réflexions. Je suis tombé tout récemment sur le blog
de l'Instute of Network Cultures qui présentait toute une série de travaux à rapprocher à mon sens du précédent exemple. Le thème central, commun à tous ces travaux est la place prise par les moteurs de recherche dans nos vies, et plus particulièrement par Google.
Je prends donc le parti de vous les présenter en essayant de continuer à les aborder sous l'angle d'une démarche artistique, parfois d'une réflexion scientifique, car je pense qu'au-delà d'un intérêt assez mince de la plupart d'entre eux d'un point de vue de l'usage à court terme, il existe une réelle réflexion à mener sur la manière dont s'articulent les informations entre elles, et le rôle que jouent les moteurs de recherche dans cette mise en perspective des informations les unes par rapport aux autres.
J'en profite pour vous inviter à relire un article que j'avais écrit sur les enjeux de l'agrégation, et qui pourra venir nourrir les réflexions que nous entamons ici.
Le premier projet s'appelle Shmoogle. Mis en place par le net artist (tel qu'il se définit) Missdata, il part du principe que toutes les données issues d'une recherche Google ont la même valeur, et qu'il faut mettre un terme à la course effrénée à la première place. Shmoogle se présente donc sous la forme de la page d'accueil de Google, avec quelques retouches, et propose d'effectuer une recherche, comme si on était sur Google. Les résultats retournés correspondent à ceux de Google, mais dans un ordre aléatoire.
Le second projet est nommé IPbrowser. Il aborde plus la notion d'identité numérique. L'idée est ici de se baser sur l'adresse IP du visiteur pour lui présenter les sites web dont l'adresse IP est proche de la sienne. On nous replace donc ici dans un univers qui est le notre, mais que nous ne connaissions probablement pas, et surtout que nous ne maîtrisons pas car l'adresse IP que nous utilisons nous est attribuée par notre fournisseur d'accès à internet. Plus intéressant encore, cet environnement est évolutif (notre adresse IP change en fonction du moment, ou de l'endroit d'où nous nous connectons), et donc nos "voisins numériques" vont également évoluer avec le temps. On touche donc à travers ce projet à l'identité numérique au sens premier du terme.
Abordons maintenant notre approche d'internet. The disagreeing internet est une page Google complètement fonctionnelle, en mouvement, qui crée ainsi un environnement un peu anxiogène. Ceci permet de faire le parallèle avec la diabolisation qui peut être faite de ce moteur de recherche.
Dans la même veine, le Global Anxiety Monitor tente d'analyser, au travers des résultats de Google Images dans plusieurs langues, la manière dont certains sujets anxiogènes sont perçus dans le monde. La démarche anthropologique est intéressante en ce sens qu'un même outil, Google, pourra retourner des résultats différents sur un même thème, selon l'endroit du monde où l'on se trouve, et pourra par conséquent avoir une influence différente sur les populations et sur la manière dont certaines problématiques sont perçues. Pour bien illustrer cette réflexion, les mots-clés servant aux requêtes changent de manière automatique au bout de quelques secondes.
A requiem for copyright est une installation qui, lorsque vous saisissez un mot sur l'écran tactile, va chercher une image sur internet qui peut alors être considérée comme la meilleure représentation de ce mot selon Google. L'image choisie est par la suite intégrée à un ensemble composé de toutes les images ainsi sélectionnées, sur autant de thèmes différents. Le nom de cette installation réalisée par le collectif ApFab, "Zapmachine : who gave you the right ?" interpelle sur l'usage qui peut être fait des données, et l'influence qu'exerce les outils que l'on utilise sur la représentation que l'on a des choses. Par ailleurs, le collectif pose les questions suivantes :
- Quel contrôle ont les artistes sur l'ensemble finalement généré ?
- Quel influence avez-vous sur le process de création de cet ensemble ?
- Quel lien existe-t-il entre cet ensemble et l'intention initiale pour laquelle elle avait été mise en ligne par l'auteur original de cette image ?
- Et enfin, qui est l'auteur de cet ensemble ?
Je me permets de rajouter une question complémentaire à la dernière, puisque l'ensemble s'appelle "A requiem for copyright", à qui appartient cet ensemble ? Je vous laisse réagir à ces questions en commentaires.
Cookiecensus est un projet qui s'intéresse tout particulièrement aux traces, non pas que l'on laisse sur internet, mais qu'internet laisse sur nous ou plus spécifiquement notre ordinateur. En effet, certains sites, pour vous permettre d'être reconnu plus facilement ,déposent sur votre ordinateur de petits fichiers que l'on appelle des cookies. Cookiecensus recense ainsi les cookies déposés par les 50 plus gros sites de news, et vous donne la possibilité de voir quel type d'information y est stockée.
Enfin, I love Alaska donne la possibilité au visiteur de suivre une femme aux travers de ses recherches sur AOL. Sur la fin de l'histoire, lorsqu'elle trompe son mari avec un homme rencontré sur internet, on se rend compte que tout s'écroule autour d'elle, qu'elle commence à prendre conscience de son addiction pour internet, et elle se met à rêver d'une nouvelle vie en Alaska. Finalement, quelle trace laissons nous vraiment sur internet, et pour quel usage ?
On le voit donc de manière assez claire, de vraies réflexions sont à mener sur le poids des données sur internet, l'usage et la perception que l'on peut en avoir. Je trouve assez intéressant que de nouveaux artistes tentent de s'emparer de ce type de sujet pour amener à les aborder sous un angle différent. Peut-être verrons-nous finalement émerger une nouvelle génération d'artiste, travaillant avec de nouveaux outils et sur de nouvelles formes d'expression.
Remerciements : Les projets présentés ici l'ont initialement été dans un article du blog de Network Cultures.